01 avril 2008
Hannibal
Si l'épisode de la traversée des Alpes par Hannibal et ses éléphants est restée dans les mémoires, celui de son passage dans notre région est moins connu. Nous sommes en 218 avant notre ère et Hannibal le Carthaginois est à la tête d'une troupe de 60 000 hommes. Il quitte l'Espagne pour l'Italie au mois de juin avec la volonté de mettre Rome à genoux. Nous savons à la lecture de Polybe et de Tite-Live qu'Hannibal est passé à Nemausus et avait en visée le Mont-Ventoux qu'il tenait pour la première montagne des Alpes. Les historiens ont la quasi certitude qu'Hannibal a emprunté une voie romaine entre les montagnettes surplombant Remoulins et l'actuelle ville de Beaucaire. La voie qui longeait l'Acqueduc fait partie des pistes plausibles ce qui permet d'imaginer un passage d'Hannibal au sud extrême de la commune de Lédenon. En me replongeant dans la lecture du texte de Polybe puis de Tite Live, je viens de faire une découverte troublante tout simplement en procédant à une lecture croisée des deux auteurs. Si vous en avez la patience, vous pouvez prendre connaissance des extraits qui concernent notre région ci-après.
Polybe - livre troisième
"L'arrivée sur les rives du Rhône Hannibal étant arrivé sur les bords du Rhône, à peu près à quatre jours de marche de la mer, fit sur-le-champ ses dispositions pour traverser le fleuve dans un endroit où il n'avait qu'un seul courant. Pour cela il commença par se concilier l'amitié avec les gaulois de Sarnacum Pagusunde qui habitaient sur les bords, et en échange de l'or de Tolède il obtint tous leurs canots et chaloupes, dont ils ont grand nombre. Il acheta outre cela tout le bois qui était propre à construire encore de pareils bâtiments, et dont il fit en deux jours une quantité extraordinaire de bateaux, chacun s'efforçant de se mettre en état de n'avoir pas besoin de secours étranger pour passer le fleuve. Tout était déjà préparé, lorsqu'un grand nombre de Barbares s'assembla pour s'opposer au passage des Carthaginois. Hannibal, alors faisant réflexion qu'il n'était pas possible d'agir par force contre une si grande multitude d'ennemis, que cependant il ne pouvait rester là sans courir risque d'être enveloppé de tous les côtés, détacha à l'entrée de la troisième nuit une partie de son armée sous le commandement de Hannon, fils du roi Bomilcar, et lui donna pour guides quelques gens du pays. Ce détachement remonta le fleuve jusqu'à environ deux cents stades, où il trouva une petite île qui partageait la rivière en deux. On s'y logea. On y coupa du bois dans une forêt voisine, et, les uns façonnant les pièces nécessaires, les autres les joignant ensemble, en peu de temps ils fabriquèrent autant de radeaux qu'il en fallait pour passer le fleuve, et le passèrent en effet sans que personne s'y opposât. Ils s'emparèrent ensuite d'un poste avantageux, et y restèrent tout ce jour-là pour se délasser et se disposer à exécuter l'ordre qu'Hannibal leur avait donné."
Tite-Live - Partie 4
Dans la vallée du Rhône
"Lorsque la nouvelle de ce péril subit fut portée à Rome, et que le sénat vit la guerre contre la Gaule se joindre à la guerre contre Carthage, il envoya au secours de Manlius le préteur Caius Atilius avec une légion romaine et cinq mille alliés, levées nouvelles qu'avait faites le consul. Atilius arriva sans combattre à Tannetum; au bruit de sa marche, les ennemis avaient disparu. De son côté, P. Cornélius a levé une autre légion à la place de celle qui était partie sous les ordres du préteur. Il quitte Rome avec une flotte de soixante vaisseaux longs, côtoie l'Étruri et les monts des Ligures, puis des Salluvii, vient débarquer à Marseille, et campe près de la bouche du Rhône la plus voisine; car ce fleuve va se jeter à la mer par plusieurs embouchures. À peine Cornélius croyait-il qu'Hannibal avait franchi les Pyrénées; mais, lorsqu'il le vit sur le point de passer aussi le Rhône, incertain du lieu où il s'opposerait à sa marche, surtout parce que ses soldats n'étaient pas bien remis des fatigues de la mer, il envoie trois cents cavaliers d'élite, avec des Marseillais qui doivent leur servir de guides et les Gaulois auxiliaires, pour tout observer et pour reconnaître l'ennemi sans se hasarder. Hannibal, qui avait contenu par la crainte ou gagné par des présents tous les peuples qui se trouvaient sur sa route, était déjà parvenu sur le territoire des Volques, nation puissante qui habite les deux rives du Rhône. Dans l'impossibilité de défendre contre les Carthaginois la partie de leur territoire située en deçà du fleuve, les habitants, pour se faire du Rhône un rempart formidable, s'étaient presque tous réunis sur la rive opposée, et la couvraient de leurs bataillons. (7) Mais les autres peuples riverains, et ceux des Volques même qui n'avaient pu se résoudre à quitter leurs demeures, gagnés par l'or d'Hannibal, s'engagent à lui rassembler des barques de toutes parts, et à lui en fournir de nouvelles, dans le désir qu'ils ont de voir au-delà du Rhône l'armée carthaginoise, et leur pays délivré au plus tôt d'une multitude si considérable. (8) En ces périodes troublées, Hannibal conseilla aux gaulois de dissimuler l'or. Lucius et ses hommes partirent donc dans le plus grand secret. A leur retour du gouffre de Clausonne, Lucius et sa gardes périrent sous les coups d'épée d'un groupe d'éclaireurs de la légion de Caius Atilius et le secret fût perdu."
Vous l'avez compris comme moi, Clausonne est un nom qui parle aux habitants de la région. J'ai dans un premier temps pensé qu'il s'agissait d'une coïncidence ... Je suis alors tombé sur le nom de "Sarnacum Pagusunde" qu'évoque Polybe. Et là, stupeur : après quelques recherches, j'ai découvert que "Sarnacum Pagusunde" était le nom du village fortifié de ... Sernhac. Déroutant non ???
04:50 Publié dans Histoire & Patrimoine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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